• Ce qu’on peut (et doit) utiliser dans les vignes bio du Pallet

    2 mai 2026

Terroir vivant, règles claires : un autre rapport à la vigne et au soin

Chez nous, travailler la vigne, ce n’est pas du pilotage automatique. Surtout en bio. Les produits qu’on met sur nos rangs, on les pèse, on les discute, on les scrute… et on les apprend. Il n’existe pas cent chemins pour le vigneron bio : la réglementation, l’expérience, la météo, le terroir, ça délimite notre terrain de jeu. Aujourd’hui, sur la commune du Pallet, le bio c’est devenu une évidence, ou du moins une question très sérieuse.

Si certains pensent que “bio” veut dire “on ne traite jamais”, petite piqûre de rappel : le bio, ce n’est pas rien faire. C’est choisir ce qu’on fait et pourquoi on le fait. Et surtout, c’est accepter d’avoir moins de solutions, en trouver des plus respectueuses, plus rusées aussi. On ne va pas vous sortir la liste à la Prévert. Mais il faut comprendre le pourquoi du comment.

Bio et produits phytosanitaires : traduction pour les non-initiés

Un “produit phytosanitaire”, dans le jargon, c’est une substance (ou une préparation) qu’on utilise pour protéger la vigne contre les maladies, les ravageurs ou certaines herbes folles. En bio, le terme qui revient c’est “produit de protection des plantes”. Tout ce qui est de synthèse, donc créé chimiquement en labo pour être efficace à la goutte près, c’est interdit. On fait avec : les molécules d’origine naturelle, les préparations simples, les extraits végétaux, les minéraux “brut de décoffrage”.

La règle, elle vient de la réglementation européenne sur l’agriculture biologique (RCE N°2018/848, Annexe II, et RCE N°2021/1165 pour la liste actualisée).

  • Produit OK ? → La substance doit obligatoirement être listée et utilisée STRICTEMENT comme prévu (doses, fréquences, etc).
  • Utilisation ? → Seulement si on n’a pas d’alternative culturelle, mécanique ou organisationnelle plus pertinente.
  • Suivi et traçabilité ? → Tout est consigné, contrôlé, transparent.

Pour aller voir le texte original, direction Eur-Lex (site officiel de l’Union Européenne).

Les indispensables : la liste des produits autorisés en bio dans nos vignes

  • Le soufre (contre l’oïdium)
    • Une vieille connaissance des vignerons. Issu de roches ou de sous-produits d’industries, le soufre est utilisé contre l’oïdium (maladie cryptogamique, le “blanc” sur la vigne).
    • Formes autorisées : soufre mouillable, poudrage.
    • Limite : usage possible tout au long de la saison, attention par fortes chaleurs (risque de brûlures).
  • Le cuivre (contre le mildiou)
    • Star des parcelles bio et conventionnelles jusqu’à il y a quelques années, il est aujourd’hui strictement encadré.
    • Formes autorisées : bouillie bordelaise, oxydes, hydroxydes, oxychlorure (mais pas n’importe quelle formulation industrielle).
    • Limites : dose maximum de 4 kg de cuivre pur/ha/an en moyenne sur 7 ans (voir INAO).
    • Effets secondaires : accumulation dans les sols, impact sur la vie microbienne. Les essais pour réduire les doses et les success stories de vignerons qui tournent à 2,5-3 kg/ha ne manquent pas.
  • Argiles (kaolinite, bentonite, etc.)
    • Utilisées principalement comme barrière mécanique contre certains ravageurs (notamment la cicadelle responsable de la flavescence dorée) et contre le soleil/brûlure.
    • Effet “poudre blanche” sur la plante (ce qui ravit ou agace les visiteurs). Il faut renouveler après pluie.
  • Préparations à base de plantes (purins, décoctions)
    • Ortie, prêle, consoude, fougère, ail, etc. – en macération (purins), infusion ou décoction. Mode d’action : stimulation naturelle des défenses de la vigne (hormèse, direz les scientifiques).
    • Formes autorisées : réalisées au domaine ou achetées prêtes à l’emploi, à condition de ne pas ajouter de substances interdites.
    • Efficacité parfois discutée, mais retour du terrain : sur certaines années, elles aident à “tenir” entre deux traitements lourds, ou à limiter la pression lors de printemps “verts”.
  • Lecithine végétale
    • Agent antifongique autorisé en bio (depuis 2018), surtout contre le mildiou et l’oïdium.
    • Utilisation surtout complémentaire, souvent ajoutée au mélange “cuivre/soufre”.
  • Bicarbonate de potassium (contre l’oïdium)
    • Utilisé avec plus ou moins de succès selon le climat et la pression.
    • Agit en modifiant le pH sur la feuille, ce qui gêne l’agent pathogène.
    • Difficile à utiliser seul, demande un bon timing du passage.
  • Huiles essentielles (orange douce, tea tree...)
    • Encore en phase d’expérimentation pour certains usages (autorisées dans certains cas spécifiques, souvent en combinaison).
    • Efficacité plus variable, attention aux risques de phytotoxicité.
  • Fongicides biologiques à base de micro-organismes (Bacillus subtilis, Aureobasidium pullulans...)
    • Utilisés comme agents de biocontrôle contre certaines maladies (surtout oïdium, botrytis).
    • Agissent par compétition ou inhibition directe du pathogène.
    • Certains produits commerciaux : Serenade ASO, Amylo-X (toujours vérifier l’homologation sur vigne).
  • Parasites et auxiliaires (trichogrammes, acariens prédateurs...)
    • Pratique marginale pour le vignoble du Pallet mais autorisée (plus courant en vergers).
    • Solutions de lâcher d'insectes pour contrôler des populations nuisibles (vers de grappe, acariens...).

À noter : pas d’herbicides de synthèse possibles, ni en bio ni en conventionnel en France depuis 2022 dans certaines communes de Loire-Atlantique, à la suite d’arrêtés municipaux. Le désherbage se fait donc principalement à la main ou mécaniquement.

Tableau récapitulatif des principaux produits employés en bio dans le vignoble du Pallet

Produit Usage Dose / Limite Effets secondaires / Observations
Soufre Oïdium Jusqu'à 15-18 passages/an max idéalement, attention T°C Brûlures au-delà de 30°C, faible toxicité environnementale
Cuivre Mildiou 4 kg/ha/an en moyenne sur 7 ans Accumulation sol, impact microbienne
Argiles Barrière physique, ravageurs Pas de limite réglementaire stricte Lessivage rapide
Bicarbonate de potassium Oïdium 3-5 kg/ha/application Phytotoxicité rare, efficacité variable
Lecithine végétale Mildiou/Oïdium 0,5-1,5 kg/ha Surtout en complément
Bacillus subtilis Botrytis, oïdium Selon AMM du produit Faible impact non-ciblé
Huiles essentielles Oïdium/mildiou Très faibles doses Toxique si surdosé
Préparations végétales Stimulation défenses Pas de limite Efficacité parfois discutée

La réalité du terrain : contraintes, astuces, retours d’expérience

Ce qu’il faut retenir, c’est que chaque printemps apporte son lot de surprises. Dans les années humides (comme 2018 ou 2021), même avec tous les produits du monde autorisés en bio, il faut être là… et parfois, ça ne tient pas.

  • La pluviométrie de la Loire-Atlantique complique la tâche : le cuivre et le soufre partent à chaque grosse pluie. À nous de trouver les bons créneaux.
  • La pression maladies peut varier d’un rang à l’autre, d’une parcelle à l’autre, selon la densité, l’exposition, le cépage (melon de Bourgogne très sensible au mildiou), l’état des sols, etc.
  • Plus on anticipe, mieux ça se passe. C’est là que le travail du sol, l’aération de la canopée, la gestion de l’herbe et du couvert végétal font vraiment la différence.
  • Des essais de réduction des doses de cuivre sont menés collectivement (exemple : projet DEPHY Ecophyto, Chambres d’agriculture Pays de la Loire), avec des résultats positifs certains millésimes, plus complexes d’autres années.

On a aussi vu l’intérêt du travail en collectif : chaque vigneron a ses recettes, parfois ses traumas (“j’ai cramé mes vignes aux huiles essentielles…”), et c’est en échangeant qu’on avance à petits pas.

Où s’informer : ressources, textes, veille réglementaire

  • INAO : guide sur l’usage du cuivre en agriculture bio : voir ici.
  • Ministère de l’Agriculture : liste régulièrement mise à jour des produits autorisés en AB (exemple ici).
  • ITAB (Institut Technique de l’Agriculture Biologique) : base de données produits de biocontrôle : https://itab.asso.fr/produits-biocontrole/
  • Chambres d’agriculture Pays de la Loire : essais, résultats pratiques, animations collectives.

Ce qu’on retiendra pour les années à venir

La vigne du Pallet, comme partout, devra composer avec des printemps imprévisibles, des attentes sociétales croissantes, et des outils qui bougent vite. Mais le socle reste la même “boîte à outils” bio : du soufre, du cuivre “raisonné”, des préparations maison, et beaucoup d’observation. Ce qui compte, finalement, c’est de rester fidèle à l’esprit : protéger la vigne, mais respecter son sol et ses voisins. Et ça, ça passe aussi par la transmission – sur ce blog, dans les vignes, sur le marché du samedi.

Si des lecteurs veulent creuser un point, qu’ils n’hésitent pas à nous laisser leurs questions ou leurs anecdotes. Parce que le bio, ce n’est ni une recette, ni une religion, c’est un chemin qu’on fait à plusieurs, saison après saison.


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